avant retour liens histoire philologie archéologie la chaire d’égyptologie du Collège de France

Notre équipe a rendu public l’Atlas de Georges Daressy en 2002, — 17 ans déjà ! —, au terme d’un travail collectif passionné et passionnant, tant notre désir était vif de rendre justice au travail de ce grand égyptologue. Il a apporté, en effet, sa profonde connaissance du terrain à l’élaboration de cet ouvrage, qui fut l’une des lignes directrices de sa recherche, sa vie durant.
Le projet de cette première édition était ambitieux : associer une publication traditionnelle au support numérique, les deux permettant un usage complémentaire et autonome, indépendant de tout réseau. L’Atlas proprement dit fut ainsi restitué en un élégant volume de format italien, adapté à celui des grandes cartes gouachées du manuscrit original ; un encart contenait un Cd-Rom, sur lequel était gravée la base de données numérique, destinée à faciliter la recherche, l’identification et la mise en contexte dans l’œuvre de Georges Daressy, par le renvoi à une sélection d’articles.
La démarche était encore peu répandue à l’époque. Sur une base comparable, Alain Arnaudiès prépara, cinq ans plus tard, une réédition de la thèse que Paul Barguet avait consacrée au temple de Karnak, publiée par l’Institut français d’Archéologie orientale du Caire en 2007, tout comme l’avait été l’édition originale en 1962. Ce beau travail consacrait une démarche épistémologique novatrice : la reconstruction de tous les liens reliant la synthèse aux éléments qu’elle met en œuvre et leur mise à la disposition du chercheur permettent de suivre avec précision les étapes du raisonnement de l’auteur, tout en ouvrant des pistes que celui-ci n’a pas voulu ou pu valider.
Aujourd’hui, l’Atlas est épuisé, et il nous a semblé que le moment était venu de mettre au service de la même conception de la recherche interactive les technologies actuelles, qui ont beaucoup gagné en efficacité et en précision depuis le tout début du xxie siècle. Par ailleurs, les expériences faites par notre équipe dans le traitement dématérialisé de l’information scientifique nous ont incités à le faire. La publication de la salle hypostyle de Karnak sur le support d’un Dvd-Rom
en 2003, puis la mise en ligne d’un site sur la toile, dédié aux chroniques archéologiques publiées pendant soixante ans dans la revue Orientalia nous ont encouragés à reprendre cette édition en lui appliquant les méthodes dont l’expérience nous a enseigné l’efficacité.
Sur le plan technique, les supports matériels sont aujourd’hui quasiment en voie de disparition, victimes du progrès qui les rend obsolètes les uns après les autres. De plus, les orientations actuelles de la recherche mettent en évidence l’importance cruciale de la diffusion, désormais pratiquement affranchie des limites physiques, ne serait-ce que pour faire face à l’abondance des données, que les moyens traditionnels de publication ne permettent pas de restituer.
Les réseaux de recherche, tant institutionnels que privés, se développent à une vitesse exponentielle : leur caractère participatif leur permet de prendre une ampleur considérable. Aujourd’hui, certains sites dédiés, sur la toile, à la publication de travaux scientifiques connaissent une fréquentation de plusieurs dizaines de millions d’internautes. — À comparer à la diffusion traditionnelle à quelques centaines d’exemplaires, au mieux, de nos travaux spécialisés ! L’accès à la recherche d’un public de plus en plus vaste s’entend également de nos communautés restreintes, qui redécouvrent ainsi les avantages d’une pluridisciplinarité que leurs fondateurs pratiquaient déjà, mais sur une base plus réduite.
Si donc l’objectif reste identique dix-sept ans plus tard, les canaux qui y conduisent doivent être revus, à une exception de taille : le format. En un peu moins de dix années, le format portable « Acrobat » s’est imposé sur toutes les plates-formes numériques, et depuis plus de vingt ans, cette universalité s’est encore affirmée, garantissant ainsi une pérennité raisonnable. Ses capacités de concaténation et la variété des utilisations documentaires qu’il permet en ont fait un outil incontournable.
Restait la taille des données. Celle des trois fichiers qui constituent la présente édition est déjà respectable, mais reste encore raisonnable sur ordinateur ou dispositifs numériques mobiles. Les quelque quatre cents ouvrages et articles, fournis dans leur intégralité, auxquels renvoie la bibliographie sont, en revanche, trop volumineux pour que nous puissions envisager un recours autre que par l’internet. C’est aussi un signe des temps et de l’évolution technologique : l’accessibilité quasi universelle du réseau.
Enfin nous avons choisi de diffuser gratuitement cet ouvrage, tout comme l’ensemble des publications de Soleb, nous associant ainsi à une recommandation du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dans la perspective d’une diffusion scientifique libre et ouverte.
Nous espérons être parvenus à ce que cette nouvelle édition rend compte, de la manière aujourd’hui la plus exhaustive possible, de l’œuvre de Georges Daressy, dans laquelle le lecteur pourra se déplacer facilement et rapidement, tout en bénéficiant des données de cet Atlas qui, quelque soixante-dix années après avoir été conçu, reste une œuvre unique.
Travail collectif, cette édition doit à chaque membre de l’équipe, mais tout particulièrement à Alain Arnaudiès et à Olivier Cabon, dont les talents associés ont donné le jour à une œuvre aussi unique que l’original dont elle est issue •

Nicolas Grimal